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L'apothéose d'Avignon
" Le quatorzième siècle fut pour Avignon le siècle triomphal. Assagie, modelée, politiquement et économiquement structurée par trois mille ans d'histoire, la ville allait connaître enfin la stabilité et jouir d'une paix profonde. " (S. Gagnière).

Ce n'est pas par hasard que la ville, paisible et sûre, allait devenir l'asile de la papauté, chassée de Rome par les troubles incessants qui déchiraient l'Italie. Cet événement, d'une portée considérable, allait faire d'Avignon la capitale de la chrétienté et l'une des villes les plus importantes d'Europe.

Plan "aux personnages". Cette gravure est une des plus anciennes représentations de la ville (1572). On y voit encore le Pont Saint-Bénézet au complet.
Avant l'arrivée des papes, Avignon était une cité non négligeable, puisqu'on estime qu'elle comptait 5 à 6.000 habitants. Dès la venue de Clément V, la population augmenta de façon considérable. D'après un contemporain, il y aurait eu à Avignon, sous Clément VI, plus de 100.000 étrangers. Un autre assure que la peste y fit 62.000 victimes... Ces chiffres certainement exagérés, doivent être revus à la baisse : Avignon devait compter entre 30 et 40.000 habitants.
Quoi qu'il en soit, il y eut, pendant plusieurs années, une très grave crise du logement. On se mit à bâtir non seulement à l'intérieur de l'enceinte de la commune, mais aussi à l'extérieur. Des bourgs ou bourguets se construisirent rapidement, notamment entre le portail Matheron et le portail Imbert. Cet agrandissement se fit sans plan d'ensemble. Les constructions s'agencèrent suivant la fantaisie de chacun. Aussi les rues conservèrent-elles la sinuosité des chemins de campagne qui les avaient précédées. En outre, les bourgs gardèrent longtemps un aspect à demi-rural, la majorité des maisons avaient cour et jardin, certaines étaient de véritables granges.

Dessin d'Etienne Martelange. Vue de la partie nord-ouest de la ville au début du XVIIe siècle. On aperçoit le palais de la Vice-Gérence, le Palais des Papes, la livrée de Murol, à gauche le Pont Saint-Bénézet en partie détruit.
Ainsi la ville s'étend. La vieille cité romane devient, peu à peu, gothique. On agrandit et on embellit les édifices religieux : Notre-Dame des Doms, Saint-Agricol, les Carmes, les Dominicains... Le pape restaure et développe le palais épiscopal où il réside. Benoit XII et Clément VI édifièrent le Palais des Papes actuel, " la plus belle et la plus forte maison du monde ", suivant l'expression de Froissart. En 1348, Clément VI acheta la ville d'Avignon à la reine Jeanne, comtesse de Provence et reine de Naples. On construisit, à partir de 1355, une nouvelle enceinte plus vaste de remparts, afin de protéger la ville. Elle devait avoir fière allure avec ses douze portes, ses trente-six tours et ses cinquante-six échauguettes ! D'une hauteur moyenne de 10 m, les remparts entouraient la ville sur plus de 4300 m et couvraient une superficie de 150 hectares.

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A l'exemple du pape, l'évêque d'Avignon eut son palais crénelé, l'actuel Petit Palais. Chaque cardinal se fit bâtir une maison dans sa " livrée ". On nommait ainsi la place que le maréchal de la Cour romaine lui assignait pour son logement d'accord avec les magistrats de la commune. Ces grandes demeures - une trentaine furent construites - avaient des allures de forteresses avec leurs tours caractéristiques. Quelques-unes d'entre elles subsistent encore, comme la tour de la livrée de Ceccano, actuelle bibliothèque municipale, mais aussi la tour de la livrée d'Albano ou tour de l'Horloge, la tour de Murol, place du Palais. Pour les simples courtisans, les logements manquèrent, ainsi, en 1313, la famille de Pétrarque ne trouva pas à se loger, et dut s'installer à Carpentras.
Ancien Hôtel des Monnaies. Edifié en 1619, actuellement conservatoire national de musique. Cette façade est incontestablement " la plus italienne d
De nombreux auteurs, n'écoutant que leur imagination, ont fait d'Avignon, au temps des papes, une description enthousiaste, tandis qu'un témoin de l'époque, Pétrarque l'appelait " la plus infecte des villes, horriblement venteuse, mal bâtie, incommode ". Le pavage des rues était laissé à l'initiative des habitants, mais personne n'y mettait grand zèle. La rue de la Grande Fusterie ne fut pavée qu'en 1499. Comme au siècle précédent, les rues restaient étroites et tortueuses. Les " grandes " rues étaient la rue Bancasse, la rue Bouquerie, la rue Balance ! De nombreuses maisons, et non des moindres, à commencer par les livrées des cardinaux, empiétaient sur la voie publique, ou faisaient saillie, si bien que les bords des toits des deux maisons finissaient presque par se toucher. De nombreux arceaux permettaient de passer d'une maison à une autre, ainsi l'arceau actuel de la préfecture, qui reliait autrefois la grande et la petite livrée de Poitiers. Les rues étaient bordées d'auvents, ce qui était dangereux en cas d'incendie, puisque le feu pouvait se répandre sans difficultés d'une maison à une autre. Dans les rues marchandes, les étalages débordaient, des enseignes volumineuses menaçaient la tête des passants... Les places et les carrefours étaient de dimensions très restreintes, il n'y avait pas d'espace libre devant le Palais des Papes, ni devant les églises. Les seuls endroits dégagés étaient les cimetières, qui n'étaient pas clos. On s'y occupait d'affaires profanes, on y tenait des réunions et des foires. Dans de nombreux endroits, il y avait un puits qui a souvent laissé son nom plus ou moins déformé à une rue, tels le puits de la Reille, le puits des Boeufs, le puits de la Rappe...
Plan d'Avignon XVIIe siècle.
Les rues étaient très animées. On y circulait (déjà) avec difficulté. Elles étaient, souvent, le théâtre de grands et magnifiques défilés et processions où se déployait toute la pompe ecclésiastique, la cavalcade comme celle qui suivait la remise de la rose d'or, les " entrées " de souverains et d'ambassadeurs. Dans ces occasions solennelles, les rues étaient sablées et pavoisées. Conséquence d'un afflux extraordinaire d'étrangers, les auberges et les tavernes étaient très nombreuses, la plupart étaient situées près du portail Matheron, principale route de terre, et dans les Fusteries à proximité du Rhône. Parallèlement, de nombreux hôpitaux accueillaient les pélerins et les voyageurs sans ressources, il y en eut jusqu'à trente-quatre, parmi lesquels la maladrerie de Saint-Lazare, l'hôpital de Sainte-Marthe, fondé en 1354. Le Rhône jouait alors dans la vie avignonnaise un rôle très important. Il y avait plusieurs ports, comme celui des Périers ou des tailleurs de pierre, près de la porte Saint-Roch. Le port principal se situait près de la porte du Rhône actuelle, tandis qu'à la porte de la Ligne, on débarquait les bois venus par eau ; un dernier port se trouvait vers la porte Saint-Lazare.
Plan d'Avignon de 1618. Sur ce dessin cavalier très minutieux, on peut voir encore l'Avignon gothique. Le pont Saint-Bénézet est encore entier.