
 | D'Avenio à la ville médiévale |  |  | Le Rocher des Doms qui surplombe la plaine du Rhône a été le berceau originel de la ville. Promontoire isolé, magnifiquement situé à la croisée de deux voies de communication de premier ordre, au confluent du Rhône et de la Durance. La ville antique doit son premier développement à son emplacement particulièrement favorable. Dès la préhistoire, au néolithique, les premiers habitants de la ville se sont établis sur le Rocher, qui avait aussi le mérite de les protéger des menaces d'invasions. Plus tard, l'habitat se développa à ses pieds en occupant l'actuel quartier de la Balance, une grande partie de la place du Palais, jusqu'aux abords de la rue Saint-Agricol. C'est vraisemblablement au cours de la protohistoire que l'antique Avenio adopta son nom. Certains érudits pensent qu'il s'agit là d'un toponyme ligure, d'autres lui assignent une origine celtique. Il signifierait soit " ville du fleuve ", soit " ville du vent violent ". Avant l'installation des Romains, Avignon fut hellénisée par l'intermédiaire de Marseille, comme l'atteste les monnaies fabriquées à l'imitation des réalisations phocéennes.
A l'époque romaine, la situation stratégique d'Avignon continua d'être un atout pour la ville, qui commerçait avec Arles et Lyon, d'une part, et l'Italie, via la vallée de la Durance et le Mont-Genèvre, d'autre part. Au premier siècle, l'aire d'Avignon était importante, puisqu'elle couvrait une cinquantaine d'hectares et, selon certaines estimations, la ville aurait compté jusqu'à 20.000 habitants, chiffre très important pour l'époque. Néanmoins, à côté de Nîmes, Arles, Orange, ou Vaison-la-romaine, si riches en antiquités, Avignon, fait figure de parent pauvre et n'a rien à montrer, ou presque, de sa grandeur passée. Il y a bien les arcades romaines, dont une seule est visible rue Saint-Etienne, les autres étant enchassées dans les maisons, côté pair de la rue Petite Fusterie. Elles mesurent 4,60 m de hauteur sur 2,50 m de large et forment un longue construction de soutènement sur plus de 250 m. Elles étaient destinée probablement à rattraper la pente des terrains sur lesquels le forum et ses annexes étaient aménagés. On sait, grâce aux travaux du dix-neuvième siècle sur la place de l'Horloge, que ce dernier se trouvait sur l'emplacement de l'Hôtel de Ville et du théâtre. De nombreuses pièces archéologiques ont été mises à jour, rue Géline et rue Racine, et sont conservées au musée lapidaire. Sur l'autre versant du Rocher, rue de la Peyrolerie, des vestiges de constructions romaines sont encore visibles. Plusieurs hypothèses ont été émises à leur sujet : on a pensé à un théâtre. Le chanoine Sautel y voyait les restes d'un amphithéâtre, d'autres un entrepôt public... D'après Pline l'ancien, Avignon était un oppidum, c'est à dire une ville fortifiée. On estime que la première enceinte de remparts date du premier siècle, son périmètre correspond, en gros, au cours des Sorguettes : rues Joseph-Vernet, Henri-Fabre, des Lices, Philonarde, Paul Saïn, Campane. |  |  | Au troisième et quatrième siècles, une enceinte de repli fut construite, afin de mieux se protéger des invasions. La population se regroupa à nouveau autour du vieil oppidum tutélaire, le Rocher des Doms. D'après Eugène Duprat, cette enceinte s'appuyait sur les arcades romaines de la rue de la Petite-Fusterie jusqu'à Saint-Agricol, puis tournait à angle droit pour passer au bas de la place de l'Horloge et suivre à peu près le tracé de la rue Favart, pour se rattacher au Rocher à la hauteur de la place de la Mirande. Le coeur du système défensif était le Rocher, où il y avait un castrum ou citadelle. Visible sur le plan de 1618, cette forteresse, attestée depuis le onzième siècle, sera finalement détruite en 1650 par une explosion. D'autres vestiges romains ont été mis à jour, en particulier des mosaïques rues Bouquerie, Viala, roi René, Bonneterie, Saluces, dernièrement rue Grivolas. De nombreuses sépultures ont été retrouvées sur l'emplacement de la gare, et de l'ancienne usine des eaux de Monclar, mais aussi au couvent des Célestins...
Après la chute de l'Empire romain et pendant le Haut Moyen-Age, Avignon fut, comme de nombreuses villes, plusieurs fois assiégée et envahie. Point stratégique important, la ville passa entre les mains de plusieurs envahisseurs. Grégoire de Tours a laissé une relation du siège de la ville par Clovis en 500, en précisant qu'elle était une place puissamment fortifiée et que le roi des Francs ne pouvant s'en emparer, se résigna à traiter avec son adversaire. Au cours de la première moitié du huitième siècle, les Sarrazins font d'Avignon une de leurs plus solides places fortes et il ne fallut pas moins de deux sièges, en 737 et 739, à Charles Martel pour reprendre la ville. Les chroniqueurs de l'époque s'émerveillaient de la situation escarpée de la ville et de ses formidables défenses, rendue plus forte encore par sa position naturelle... |  |  | On note, au onzième siècle, un accroissement important de la population. Dans le périmètre étroit de l'enceinte de repli, il y avait l'église de Saint-Agricol, appuyée sur le rempart, tandis que le clocher de la Sainte-Madeleine était construit sur l'un des arceaux romains de la rue Petite-Fusterie. Les autres édifices du culte, tels que Saint-Didier, Notre-Dame la Principale, Saint-Pierre, Saint-Symphorien étaient déjà situés hors les murs. Plusieurs bourgs s'établirent à l'extérieur, comme celui de Trouillas, près de Notre-Dame la Principale. Ainsi, la ville retrouvait la même étendue qu'à l'époque romaine.
Au siècle suivant, la Provence fit l'objet d'un partage entre les trois familles descendantes de Boson d'Arles. Mais aucun des héritiers ne voulut renoncer à cette place de première importance, Avignon fut donc déclarée indivis en 1125. La ville bénéficia d'une période de prospérité, dont témoigne le pont Saint-Bénézet, bâti à partir de 1177. La cathédrale et l'abbaye de Saint-Ruf furent agrandies et l'on édifia, sous le gouvernement de la commune, une double ceinture de remparts, qui suivaient sensiblement le même emplacement que l'enceinte romaine. Durant cette période, Avignon était puissante et riche. La ville possédait, en effet, de nombreux biens et fiefs : Vedène, le monastère de Saint-André à Villeneuve, une partie du Pont-de-Sorgues, Caumont, le Thor, Thouzon, Jonquerettes etc...
La guerre des Albigeois fit rage au treizième siècle, non seulement en Languedoc, mais aussi dans la vallée du Rhône. Avignon prit parti pour le comte de Toulouse. Le roi Louis VIII, en route pour une nouvelle croisade contre les Albigeois, fit le siège de la ville, en 1226. Le chroniqueur de l'époque parle " d'une masse élevée de remparts, surmontée d'une citadelle, (qui) entoure la ville entière. Comme l'abord est en plaine, les murs sont doubles et doubles aussi les fossés alimentés d'une eau constante ". Les Français renoncèrent à prendre de force la ville et se contentèrent de l'assiéger. Affamés par trois mois de siège, les Avignonnais capitulèrent et durent démolir leurs remparts, combler les fossés, et raser trois cents maisons fortes. Enfin, Louis VIII fit démanteler en grande partie le Pont Saint-Bénézet. Toutefois, ce désastre n'avait pas complètement abattu les habitants, puisqu'ils reconstruisirent rapidement le pont, source de revenus, et rétablirent les remparts indispensables à leur sécurité. Au cours du siècle, la ville s'agrandit, notamment au sud-ouest, en gagnant du terrain sur les atterrissements du Rhône, appelés l'Estel. Les Dominicains s'y établissent, en 1220. Plusieurs communautés de religieux s'installeront hors les murs de la commune. Ce sera le cas des Augustins, en 1261, près du portail Matheron, et des Cordeliers près du portail Imbert. |

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